La dentelle du Puy dans les familles et dans la religion
Reprenons la visite des 1 000 m² du Musée de la Dentelle de Retournac.
La dernière fois, nous avons vu la dentelle au travers des siècles en Europe. Aujourd’hui, nous traversons une salle où plusieurs vitrines nous montrent la dentelle dans les familles et la religion. Les photos ne sont pas top, mais difficile de faire mieux avec les vitres qui protègent tous ces trésors.
De nombreux témoignages écrits de dentelières accompagnent leurs œuvres et leur matériel, ainsi que d’anciennes photos.
Ces femmes apportaient un salaire d’appoint fluctuant, en fonction du marché. En raison du travail agricole, l’activité avait tendance à se concentrer sur les mois creux de l’hiver. La dentelle était payée à la pièce, sa rémunération variant considérablement selon la complexité des modèles et le temps consacré à l’ouvrage.
En 1910, une dentelière gagnait entre 25 et 130 € par mois (montants ramenés en valeur 2008). A la suite de la crise de 1929 et de la dévaluation monétaire de 1931, les salaires se sont effondrés et de moins en moins de jeunes femmes se sont formées à la dentelle, préférant travailler en usine lorsque c’était possible. Pour beaucoup, la dentelle faite à temps perdu offre un peu d’argent liquide pour l’achat d’un chapeau, d’une paire de chaussures ou du café et sucre pour le mois. En 1943, sur le secteur de Retournac, le revenu moyen d’une dentellière est de seulement 15 € par mois.
Plus anciennement, les dentelières étaient payées au tour de carte, une plaquette en bois, souvent travaillée. Bien entendu, plus elles faisaient de tours, plus elles perdaient en rémunération…
La Haute-Loire est alors le haut lieu de l’activité. La seconde section, ethnographique, retrace le quotidien des dentellières à domicile. Une collection comprenant, carreaux, chauffe-pieds, éclairage à la bouteille, plioir ou les bobinettes, épingles de toutes sortes, fuseaux, échantillons de dentelle, sont ainsi présentés au visiteur.
Les offrandes de dentelles étaient courantes et pouvaient être destinées à l’ornementation de l’autel dans l’église de la paroisse ou dans une de se chapelles. Les dentelières travaillaient parfois à la création d’un manteau ou d’un devant d’autel pour la vierge Marie.
Les côtés des carreaux, dits « zaouta » en patois (joues) ; étaient souvent ornés d’images pieuses, broderies, clinquants métalliques cousus et recouverts d’un film en celluloïd ou corne.
Les personnes qui portaient la coiffe étaient appelées des béates. C’étaient des femmes pieuses ayant prononcé des vœux et fait le choix du célibat. Mises en place au XVII° siècle, cette congrégation dite des « Demoiselles de l’instruction » est spécifique à la région du Velay. Les béates avaient en charge l’éducation morale et religieuse des enfants et des jeunes filles. Bien qu’elles n’aient pas eu pour rôle l’apprentissage de la dentelle, certaines ont assisté au besoin des dentellières qui se réunissaient dans la maison d’assemblée. A partir de 1880, avec les lois Jules Ferry, les béates ont été remplacées par les instituteurs et les maisons d’assemblées souvent transformées en écoles laïques.
Le trousseau était la principale dot de la jeune fille. Il était constitué de draps ; taies d’oreillers, chemises, culotes, une couverture piquée, une couverture en laine, un édredon, des torchons, mouchoirs, nappes, serviettes de toilette. L’argent de la dentelle permettait aux ouvrières d’acheter la toile nécessaire à la confection de leur trousseau. De ce fait, la machine à coudre était une acquisition coûteuse mais importante pour les femmes.
Pour préserver la blancheur du fils, au début du XX° siècle, Jacques Cottier, fabriquant à Craponne-sur-Arzon, invente un fuseau évidé, destiné à contenir une bobine. Ces fuseaux resteront peu utilisés, car plus chers et plus fragiles que les traditionnels, certaines dentelières ne s’habituant pas à leur forme.
Les bobines de fuseaux sont fabriquées à partir du bois de houx (arbuste au bois solide et léger), de cerisier, d'acajou, d'ivoire, d'os, d'écaille de tortue, etc. Traditionnellement, la poignée des fuseaux a une forme de quille pour mieux l'attraper avec les mains.
Ici se termine la visite de la deuxième salle du musée de la dentelle de Retournac, qui met à l’honneur toutes ces petites mains anonymes.
La prochaine fois, nous visiterons le grand atelier, si vous le voulez bien.
Bisous, à très vite






























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